source: Robert-Havemann-Gesellschaft/Dirk Vogel
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Bärbel Bohley

née en 1945 à Berlin, décédée en 2010 à Gehren (Uckermark)

Bärbel Bohley à la fin de sa vie. Assise sur son canapé en feutre vert dans son appartement berlinois, situé Fehrbelliner Straße 91. Elle a l'air fatiguée, affaiblie par son cancer. En y regardant de près, on découvrira des étincelles dans ses yeux, un sourire délicat au coin des lèvres. Son esprit fin, qui jamais ne suivit quelque pensée préconçue, son rire à même de faire tomber tous les obstacles avait le don de vous enthousiasmer. Au milieu des années 1980, elle devint une figure de l'opposition en RDA. Cette femme chétive aux cheveux blonds et à la petite voix de fillette se faisait interviewer, enfermée dans cet État ringard gouverné par les vieillards de la nomenklatura du SED, par des journalistes de la télévision ouest-allemande, l'une des seules possibilités de parler à ses propres concitoyens. Diplômée des beaux-arts en peinture, elle disait tout haut ce que les autres dans ce pays de grisaille pensaient tout bas. Elle fit état de la violation quotidienne par la RDA des droits de l'homme habituellement consentis dans un monde civilisé et réclama ouvertement la liberté d'expression, de réunion, de circulation, des élections libres et des médias indépendants. Elle donnait l'impression de n'avoir aucune crainte, elle était sans crainte. À son exemple, d'innombrables personnes eurent le courage de s'insurger contre le régime de la RDA.

En septembre 1989, elle fonda avec des amis et des militants le Neues Forum. L'appel de constitution était intitulé „Aufbruch 89“ (renouveau 1989) et débutait par ces mots, devenus légende : „Dans notre pays, la communication entre le gouvernement et la société semble perturbée.“ Il se terminait sur : „C'est pourquoi nous nous unissons pour former une plate-forme politique pour l'ensemble de la RDA, qui permette à des personnes issues de tous les corps de métiers, de toutes les communautés, de tous les partis et de tous les groupes de participer aux discussions et aux réflexions sur les problèmes de société essentiels dans ce pays.“ L'effet fut bouleversant. De parfaits inconnus du fin fond de la RDA l'appelèrent pour la renseigner sur des manifestations qui avaient eu lieu dans leur bourg, pour lui dire que les gens osaient à présent descendre dans la rue. Bärbel Bohley devint une figure centrale, son appartement dans Fehrbelliner Straße à Prenzlauer Berg devint une plaque tournante de la Révolution pacifique.

„À l'époque je vivais comme dans un hall de gare“, c'est le souvenir qui lui reste de cette époque à la fin de sa vie. Les gens allaient et venaient dans son appartement, elle établissait les contacts entre les groupes rebelles issus de tout le pays, qui se multipliaient de jour en jour. Elle qualifie ces mois de „la plus belle époque de ma vie“. „Du matin au soir, c'était l'euphorie totale, on planait, on débordait d'idées.“ Les gens lui faisaient tout simplement confiance. Tout comme dans ses nombreux projets d'aide humanitaire mis sur pied en 12 années depuis 1996 dans les Balkans, elle avait l'art de rassembler les bonnes personnes au bon moment et d'agir. Elle croyait fondamentalement à l'amélioration des choses. Comme personne, Bärbel Bohley incarne la Révolution de 1989. Elle osait faire confiance à son cœur, avant toute autre chose.

Renate Oschlies

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