source: Robert-Havemann-Gesellschaft/Dirk Vogel
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Heiko Lietz

née en 1943 à Schwerin

L'assemblée est houleuse, les paroles fusent dans tous les sens. On ne sait plus trop où chacun des intervenants voulait en venir. L'ordre du jour des débats semble être perdu de vue. C'est alors que Heiko Lietz élève la voix et remet de l'ordre dans le chaos général. Il sait y faire. Sa voix est sereine, mais elle sait s'imposer. Ses yeux sous ses sourcils broussailleux semblent scruter tout le monde à la fois et dire : silence. Le temps de remettre de l'ordre dans les pensées. Ses phrases ne se terminent pas par des points d'exclamation, il ne cherche pas à éviter les disputes. Mais il maîtrise l'art d'imposer un ordre et de faire revenir les adversaires au cœur du sujet, qu'ils avaient perdu de vue dans le feu de la controverse.

C’est un modérateur né. Un médiateur qui a du recul. Sans son autorité naturelle, les débats du mouvement si disparate pour les droits civiques qu'était le Neues Forum qui eurent lieu pendant ces années mouvementées de la Révolution pacifique, de la réunification et de la réorientation de la république de Berlin se seraient terminés à maintes reprises en eau de boudin et n'auraient abouti à aucun résultat.

Il doit peut-être cette aptitude aux collectivités dont il fit partie et au sein desquelles il fallut qu'il s'impose : une fratrie de sept enfants, une scolarisation dans un internat, les liens étroits entre les étudiants de théologie à l'université communiste du Mecklembourg, sa terre natale. Ce fils de pasteur y était entouré de camarades d'études aux noms éloquents que sont Christoph Wonneberger, Joachim Gauck et Ulrich Schacht. Lorsqu'on l'appela sous les drapeaux, il refusa le service militaire et se retrouva en garde à vue. Il décida alors faire son service militaire et de se livrer à des activités subversives au sein de l'armée. Le vicaire est affecté dans une „unité de construction“ de l’armée. C'est là qu'il organisa des manifestations contre l'occupation de la Tchécoslovaquie en 1968. Plus tard, dans sa paroisse de Güstrow, il rencontra le plus souvent des jeunes en difficulté. Le pasteur Lietz ne cherchait pas à convertir, il aidait les jeunes gens à trouver leur propre voie. Lorsque le cadre structurel de l'Église officielle devint trop étroit pour lui, il la quitta pour encadrer des jeunes, pour devenir travailleur social, aumônier et mobilisateur pour la paix. Il mobilisait, avec sa manière sereine, en poussant les gens à bouger par eux-mêmes, en jetant le trouble, en rétablissant la paix concrètement.

Parce que Heiko Lietz ne cherche pas la paix, celle qui règne sur un cimetière, selon les mots de Biermann, il ne resta neutre dans aucun de ces débats. Sa position est toujours reconnaissable. Il laisse résolument tomber tout ce qui ne lui paraît plus juste. Modératrice dans le chaos des débats, sa voix porte clairement et nettement sa marque personnelle : attentive, résolue, engagée, et respectée. La transformation démocratique dans le land de Mecklembourg depuis 1989 est impensable sans lui.

Bernd Florath

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